Repères : une biographie

Je suis née à Verdun en 1958. Dès mon plus jeune âge, je voulais devenir artiste, car je voulais être maître de mon temps et de mon horaire et je voulais éviter la routine à tout prix. La pratique du théâtre était facilement accessible, je m’y suis précipitée. À seize ans, je quitte ma famille et commence des études en production théâtrale au cégep de St-Hyacinthe.
Mes études terminées, je travaille quelques années comme assistante à la mise en scène et régisseuse principalement au Théâtre d’Aujourdhui à Montréal qui est dirigé, à l’époque, par Jean-Claude Germain. Je lui dois la passion de la création et l’apprentissage du travail acharné. Mais le sentiment d’accomplir des actes innovants et originaux est bien loin des fonctions d’une assistante à la mise en scène.
Changement de cap : en 1980, je suis admise à l’École nationale de théâtre en interprétation où je crois avoir trouvé l’espace qui me mènera vers la création. Suivra une période difficile, où mon espace de liberté semblera se réduire et où le manque de soutien bienveillant me mènera par la suite à rechercher ardemment les possibilités de pratiquer un art dans la joie et le plaisir.
Je fais mes premières armes au théâtre et à la télévision tout en suivant des cours au département d’arts plastiques de l’Université de Montréal. Une découverte : la pratique des arts visuels est un lieu de création pure, total et libre. Au cours des années qui suivront, je poursuis mes recherches afin de faire un théâtre de création qui s’inspirerait de la liberté découverte du côté des arts visuels ; c’est-à-dire un théâtre qui n’est soumis à aucune obligation de servir un auteur, une forme existante ou une façon de produire.
Simultanément, je m’intéresse aux mouvements, car il me permet de développer un langage théâtral qui ne sera pas lié exclusivement au texte; d’abord à l’école de mime de Montréal, puis avec Claire Heggen du Théâtre du mouvement de Paris. Dans la mouvance d’Eugenio Barba, je mets sur pied des ateliers avec quelques ami(e)s, acteur(e)s ou danseur(se)s. Je nommais ces premiers essais en atelier le Mouvement Ni. Ni ceci ni cela ; je considérais que le mouvement ne nécessitait pas une grammaire particulière et de techniques précises. Le mouvement pouvait être celui que tout être humain produit et celui-ci pouvait être repris et travaillé dans une organisation chorégraphiée.
Suivront des expérimentations : Une Louve, un instant, dans les marguerites, en collaboration avec le sculpteur Pierre Granche et l’auteur Michel Garneau, un solo joué dans près de 75 salons québécois, canadiens et français. Gravité, en collaboration avec l’artiste Manon Labrecque, une performance et des installations présentées chez Skol. Un regard sonore, une performance solo et des installations présentées à Espace Libre.
Pendant cette période, je poursuis une maîtrise sur le processus créateur au département d’art dramatique de l’Université du Québec à Montréal.
C’est à ce moment-là que le passage du côté de la mise en scène s’impose. Mon souhait était de ne plus être dans la marge entre deux pratiques et de m’inscrire de plein droit dans le milieu théâtral. Avec le Théâtre de la Nouvelle Lune, dont je deviens la directrice artistique, une petite compagnie sans domicile fixe, sans subventions de fonctionnement, mais avec de l’argent accordé pour des projets ponctuels, je crée plusieurs spectacles qui seront construits de cette nouvelle écriture théâtrale qui se préoccupe autant d’espace, que de mouvements, de jeux sonores, de lumière ou de textes (Quand je parle d’une chose je parle d’autre chose, Chapitre Zéro, la trilogie Autobiographie d’Élyse 1940-1960 / 1960-1980 / 1980-2000).
Comme comédienne, je participe aux productions de la compagnie Omnibus et du Nouveau théâtre expérimental. Il est donc naturel que mon implication à Espace Libre s’intensifie. Membre du conseil d’administration, je deviens la première directrice du troisième volet d’Espace Libre, soit l’accueil des petites compagnies de création sans domicile fixe et je participe aux travaux menant au nouvel Espace Libre.
À travers les années, cette inscription tant souhaitée, en plein milieu de ce milieu théâtral semble me couper les ailes. Notons aussi que, pendant ce temps, la culture sera devenue une industrie et l’art un produit. Je ne retrouve plus le souffle de la création, trop de concessions et trop de subordination à ce qui existe déjà.
J’effectue un nouveau virage important afin, encore une fois, de me replacer dans un espace de création. Je complète un baccalauréat en arts visuels à l’université Concordia. Peu de temps après la fin de mes études, j’ai la chance de présenter Domestications, une exposition solo chez Diagonale. Puis Tableaux de chasse à la Maison de la Culture Frontenac.
Il est probablement inutile de dire que ma réflexion et ma pratique sont multiformes, et interdisciplinaires. Le processus de création continue d’être un de mes sujets de prédilection. Au fil des ans et des expériences, il y a une chose qui n’a jamais changé : pour moi, toute forme d’art n’est jamais un produit qui se négocie ou qui se consomme. L’art est là pour nous transformer, pour nous faire réfléchir. Je suis à la recherche de la transcendance et je sais que c’est presque mission impossible, mais l’espoir rend les fous joyeux.

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